2.2 Les Freins technologiques
Faisons un point sur les freins technologiques qui existent encore.
Certes, les ordinateurs et même les connexions à haut débit se démocratisent, mais le prix d'entrée reste toujours plus élevé que le prix d'un livre, et dans l'esprit de beaucoup, l'ordinateur reste un luxe comparé au caractère bon marché d'un livre. Il faut par contre faire valoir que selon toute logique, une fois que le support est acheté, le prix d'un livre numérique sera plus bas qu'un livre papier. L'investissement de base est donc amorti avec le temps.
Combien de personnes sont découragées de télécharger des images ou des films, tout simplement parce qu'un fois qu'elles l'ont reçues sur leur disque, il leur est impossible d'ouvrir le fichier, et encore plus impossible de savoir quel logiciel il leur faudrait pour pouvoir le lire ? Un grand nombre, sans aucun doute...
Et on peut penser que cela sera de même pour la bande dessinée, même si un jour cette objection deviendra obsolète, grâce au travail des programmateurs qui uniformisent les formats, les logiciels pour faciliter la vie des utilisateurs.
Il s'agit du challenge de l'interopérabilité, qui reste en suspens. Reprenons ici l'intervention de Chloé Girard, membre de l'association "Les complexes", et spécialiste du logiciel libre lors des états généraux de la BD qui ont eu lieu le 5 juin 2009 (compte rendu en PDF disponible sur cette page)
"Auteurs comme éditeurs nous ont paru peu informés sur la notion de format électronique et sur ses conséquences quant à la pérennité des créations. Nous ne saurions trop insister sur la problématique des formats ouverts et des formats propriétaires. Dans l'esprit actuel de "produit jetable" le problème semble minime. Dans cet esprit la BD numérique n'est pas un livre, un produit culturel dont la préservation est importante, mais un artifice publicitaire (il ne faut d'ailleurs à ce titre pas s'étonner du taux de TVA qui lui est appliqué!). Mais qu'en sera-t-il si ces productions se révèlent intéressantes, si les auteurs ou lecteurs s'y attachent, si leur valeur créative est reconnue, si elles deviennent une facette intégrante de l'oeuvre, un album numérique ? Comment s'assurer que ces bibliothèques numériques resteront lisibles sur les appareils de demain ?"
Ou autrement dit, le lecteur aura largement le temps de tambouriner des doigts sur son bureau (voire de feuilleter une BD), pendant qu'il attendra que se télécharge la page suivante de son récit...
Cet obstacle, dit du taux de rafraîchissement, tend également à devenir obsolète en France avec le développement de l'ADSL, mais restera un problème à résoudre.
Certes, cet obstacle tendra à disparaître avec le temps, étant donné que les nouvelles générations sont de plus en plus habiles avec tous les appareils numériques et électroniques (quiconque a pu voir un tout jeune enfant se servir d'un ordinateur ou d'un lecteur DVD mieux que soi pourra en témoigner !). Mais on l'a déjà vu, le temps est compté : si les acteurs actuels de la bande dessinée ne viennent pas prendre place dans le monde numérique, cette place sera prise par des opérateurs (téléphonique, ou compagnies proposant les connections internet), qui n'auront certainement pas les mêmes standards de qualité artistique. Aussi, il faut prendre en considération le fait que beaucoup de lecteurs actuels de bande dessinée ne sont pas pour l'instant aptes à télécharger des fichiers, les lire, voir même pas encore habitués à utiliser un ordinateur relié à Internet.
Mais n'oublions pas qu'il y a une quinzaine d'années, quasiment personne n'utilisait de téléphone portable, et encore moins internet.
Il faudra un grand travail de simplification et d'éducation pour réduire la fracture numérique entre les générations.
Par ailleurs, une autre étude (du laboratoire Marsouin, un laboratoire scientifique qui étudie entre autres les comportements des internautes), nous explique que la population des utilisateurs de réseaux P2P (Peer to peer, réseaux de partages de fichiers), autrement dit, la population de ceux qui majoritairement piratent toutes sortes de produits culturels, est aussi la population qui achète le plus de disques ou de DVD." Au passage, plusieurs bloggeurs (Boulet, Pénélope Jolicoeur) ont fait des ventes plus qu'honorables de la version papier de leurs blogs...pourtant gratuits !
Voilà pour les a priori...
Reste qu'il faudra évidemment développer des technologies qui limiteront le piratage des contenus numériques !